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Le Silence de Sandy Allen
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Edité par Flammarion - 2019
En 1975, elle mesure 2,32 mètres et entre dans le Guinness World Records Book. Sandy Allen est devenue, à vingt ans, la femme la plus grande du monde. Maigre consolation quand on est une fille ordinaire de l’Indiana pour qui rien ne va de soi. Ni jolie robe, ni patins à roulettes à sa taille, ni jeune prétendant. Qui, à part sa grand-mère, pour voir en Sandy Allen autre chose qu’un freak ? Un homme, Federico Fellini. Le Maestro, croisant son imposante silhouette au détour d’un journal, va lui composer un rôle sur mesure dans son Casanova et l’accueillir à Cinecittà. Mais comment Sandy pourrait-elle, elle qui aimerait tant passer inaperçue, s’emparer de cette unique occasion d’être superbement exposée ? Isabelle Marrier continue, avec Le Silence de Sandy Allen, de poser son regard sur des vies délaissées ou marginales, et de défendre, avec autant de tendresse que de lucidité, ces existences que l’on dit hors normes. De son écriture incroyablement incarnée, elle érige Sandy en miroir gênant d’une société que la différence effraie toujours. Grand Prix SGDL de la Fiction 2019.
Avis
Avis des professionnels
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Le roman de l’anormalité
Ce roman, dédié à celle qui fut consacrée femme la plus grande du monde en 1975, constitue une subtile réflexion sur le rapport que les individus et les sociétés entretiennent avec l’altérité. Ce qu’Isabelle Marrier parvient à magnifiquement incarner ici, c’est l’incessant balancement entre la banalité de cette femme et l’unique particularité – cette carrure d’ogresse – qui la singularise et interfère sans cesse dans son rapport au monde et à elle-même. C’est aussi la fascination, souvent cruelle, voire obscène, que les « autres » – ces gens que l’apparence ne distingue pas – éprouvent à sa vue. Dans les parades, au musée, dans les classes, Sandy Allen témoigne de sa dissemblance, soutient les regards et tente de dépasser le stade de l’étonnement ou du dégoût, sans jamais vraiment y parvenir. « Le silence de Sandy Allen » morte en 2008 à 53 ans, seule et sans le sou, est brisé dans ce beau livre qui donne à cette existence une dimension nouvelle, poétique, « tendant un miroir à notre intime infirmité ».
Céline L. - La Médiathèque - Le 25 mars 2026 à 11:27