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Ce qui se joue / Caroline Hinault
Livre
Edité par Editions du Rouergue. Rodez - 2026
Le Fatum, un mystérieux virus qui s'attaque au langage et provoque l'aphasie, se répand dans la société. Les enseignants sont les premiers frappés. Pour les pouvoirs publics, il y a urgence à enrayer la progression de l'épidémie et à comprendre ce qui se joue particulièrement à l'école. Reverdy, fonctionnaire attaché au cabinet de la ministre, est donc envoyé en observation dans la classe de Monia Boukary, bouillonnante enseignante d'un lycée, berceau du patient zéro. Dans ce texte éblouissant, plein d'humour et de panache, qui joue de toutes les ressources de l'écriture, passant de la prose à la poésie, du roman au théâtre, Caroline Hinault met au coeur de son intrigue la puissance protéiforme du langage. Dans quel monde vivrons-nous si nous ne possédons pas les mots pour le dire, l'imaginer et le comprendre ? Comment se saisir soi-même et construire son rapport à l'autre sans langage ? Quels seront nos liens si nous cessons de tenir parole et détruisons le sens des mots ? Sur ces enjeux brûlants, Caroline Hinault nous emporte avec jubilation dans un roman dont on sort plus éclairé et plus fort.
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Avis des professionnels
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« Abdiquer sur la transmission, l’imaginaire, le collectif, (…) ce serait la vraie défaite.»
Monia Boukary exerce au lycée Aimé-Césaire, dans l’académie de Normandie. Empathique, rigoureuse et passionnée, elle enseigne la langue et la littérature françaises. Or une étrange épidémie, baptisée Fatum, se répand au sein du lycée, provoquant l’aphasie des professeurs. C’est ce qui motive l’arrivée de Martial Reverdy, « technocrate progressiste » dépêché par le ministère de l’Éducation nationale pour rédiger un rapport sur cette inquiétante question, grâce à l’observation du travail de Mme Boukary en classe. Mais le Fatum mettra bientôt le pays à genoux… Caroline Hinault opte pour une construction formelle particulièrement réussie, qui se veut le reflet du travail de l’enseignante : théâtre, poésie, dialogues, satire, pastiches administratifs, chroniques… chaque chapitre adopte une forme différente. L'exercice aurait pu paraître artificiel mais devient au contraire une démonstration éclatante de la richesse infinie du langage. Tandis que les personnages risquent de perdre les mots, le roman en explore toutes les possibilités. La morale qui se dégage de cette histoire de virus linguistique paralysant la société pourrait être celle-ci : œuvrer pour l’intérêt général serait impossible si le langage se figeait définitivement dans la langue de bois, la banalité et le simplisme binaire. Toute interprétation est une richesse personnelle, mais encore faut-il en posséder les outils. Avec cette dystopie éducative, Caroline Hinault propose un roman ambitieux sur la littérature, l’esprit critique et les dangers d’une société qui renonce à penser.
Céline L. - La Médiathèque - Le 07 octobre 2026 à 10:46