Avant que j'oublie
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Edité par Verdier - 2019
Il y a d’un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un "gros déglingo", dit sa fille, un vrai punk avant l’heure. Il y a de l’autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixelisé de feu son épouse. Mon père, dit sa fille, qu’elle seule semble voir sous les apparences du premier. Il y a enfin une maison, à Carrières-sous-Poissy, et un monde anciennement rural et ouvrier. De cette maison il faut bien faire quelque chose, à la mort de ce père Janus. Capharnaüm invraisemblable, caverne d’Ali-Baba, la maison délabrée devient un réseau infini de signes et de souvenirs pour sa fille, la narratrice, qui décide de trier méthodiquement ses affaires. Et puis, un jour, comme venue du passé et parlant d’outre-tombe, une lettre arrive qui dit toute la vérité sur ce père aimé auquel, malgré la distance sociale, sa fille ressemble tant.
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L'adieu au père
La narratrice vient de perdre son père, décédé d'un cancer. Alors qu'elle range la maison désormais déserte mais encore imprégnée de la présence du vieil homme, elle se remémore sa personnalité atypique et complexe, qui fut si difficile à vivre pour ses proches. Tout au long du livre se dessine le portrait cru et aimant d'un homme double. Il y a le père de famille tyrannique et alcoolique de l'enfance d'Anne Pauly. Et celui tendre et maladroit, repenti de l'alcool, et à la sensibilité artistique empêchée, des dernières années. Ce premier roman juste et beau, lauréat du Prix du Livre France Inter 2020, est le récit d'un deuil, d'une amputation affective avec laquelle il faut apprendre à vivre, mais c'est aussi la réhabilitation d'un père que l'auteure s'applique à révéler pour ce qu'il était vraiment, un long travail nécessaire à son apaisement, pour qu'enfin la réconciliation ait lieu et l'amour puisse retrouver sa place. Écrire sur lui, sur ce père qui n’est plus, c’est révéler, dévoiler une forme de vérité, la sienne, celle que les autres n’ont pas vue ou celle qu’il n’a pas voulu montrer. Écrire sur lui, c’est dire au monde qui il a été. Et le dire avec une tendresse infinie… On lit ce livre en souriant tout en s’essuyant les yeux car derrière le détail le plus minimaliste se cache le grand vide, l’absence définitive. Chacun.e. pourra trouver une émotion à sa mesure dans ce récit intimiste à la portée pourtant universelle.
Céline L. - La Médiathèque - Le 30 mars 2021 à 10:03