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La rom-com à tout prix / Sandra Onana, Lucas Aubry, Quentin Mével
Livre
Edité par Playlist Society. Levallois-perret - 2026
On pensait le genre dépassé tant les règles du jeu ont changé. Et voilà, qu'en France, une vague de jeunes cinéastes s'emparent de la comédie romantique. Ils rangent les princes charmants au placard, s'intéressent à la routine plutôt qu'aux coups de foudre et questionnent les schémas classiques du couple. Ils font souffler un vent de fraîcheur sur les dialogues, bouleversent les situations, continuent à faire advenir des rencontres improbables. Précédé d'un essai introductif, La Rom-com à tout prix propose une série d'entretiens avec des cinéastes qui croient encore en l'amour, et qui nous donnent les clés pour le porter à l'écran, encore, et pour toujours.
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Le renouveau de la comédie romantique
Il fallait sans doute que la comédie romantique traverse quelques décennies de relative condescendance pour retrouver aujourd’hui de sa superbe. L’introduction de Sandra Onana, critique cinéma et cheffe adjointe du service culture de Libération, pose, en ce sens, le cadre : finies les cavalcades vers l’aéroport et les déclarations sous la pluie, place à une romance en demi-teintes, attentive aux secousses et aux affects du monde moderne. Le genre, jadis calibré par Hollywood, devient un laboratoire où s’éprouvent les bouleversements post-#MeToo, les identités minoritaires et les nouvelles manières d’aimer. Les sept entretiens menés par Lucas Aubry, rédacteur en chef adjoint du magazine Sofilm, et Quentin Mével, directeur de l’ACRIF (Association des cinémas de recherche d'Île-de-France), rendent parfaitement compte de cette mutation. Avec Victor Rodenbach ( «Le beau rôle »), les habitudes se rompent et le besoin de s’accomplir porte la distance relationnelle. Mourad Winter (« L’amour c’est surcoté » ) déplace la rom-com en banlieue et convoque l’humour face aux injonctions viriles et à l’antisémitisme. Amélie Bonnin (« Partir un jour ») passe, elle, par la comédie musicale pour sonder la mélancolie du retour et les choix de vie d’une quadragénaire. Ailleurs, Alice Douard (« Des preuves d’amour ») filme l’homoparentalité sans pathos, inscrivant un couple de femmes dans une parentalité qui entre en résonance avec la loi Taubira. Alice Vial (« L’Âme idéale ») glisse vers le fantastique pour parler de solitude et de deuil. Martin Jauvat (« Baise-en-ville ») revendique quant à lui une anti-rom-com où la fragilité masculine affleure sous le vernis burlesque. Sophie Beaulieu, enfin, détourne le mythe de la femme-objet à travers un conte satirique (« La Poupée ») qui semble retourner le regard patriarcal contre lui-même. Dans tous ces films, éclairés par des entretiens-fleuves avec leurs réalisateurs et réalisatrices, il s’agit de sauver la promesse romantique sans en reconduire les clichés. Désormais, la comédie romantique ne nie plus les rapports de domination ni les fractures sociales ; elle les aspire et les transforme en une matière narrative d’autant plus riche qu’elle est parfois inattendue. En montrant parfaitement comment les cinéastes interrogés ont su ancrer leurs récits dans la chair de leur époque, « La rom-com à tout prix » explore le renouveau du cinéma sentimental et pose la comédie romantique en miroir de nos sociétés.
Céline L. - La Médiathèque - Le 10 juin 2026 à 10:13