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La mauvaise joueuse / Victor Jestin
Livre
Edité par Flammarion. Paris - 2025
"Jusqu'alors, je ne jouais plus. Ni aux échecs ni aux cartes ni au bowling, ni à rien. Disons que sinon je m'impliquais un peu trop fort". Un soir de semaine comme les autres, Maud, une jeune femme à la vie bien rangée, provoque un accident de voiture et prend inexplicablement la fuite. Paniquée, elle erre sur la route et trouve refuge dans un bowling. C'est le début de trois jours de cavale, et surtout de rechute dans une très vieille addiction, celle de jouer, à tout, frénétiquement. Des environs pluvieux de Saint-Nazaire au village lointain de son enfance, le périple de Maud prend l'allure d'une fugue existentielle. Sur un rythme effréné, Victor Jestin raconte la lutte d'une femme contre une passion infernale, et interroge la place du jeu dans nos vies.
Avis
Avis des professionnels
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Mécanique de l’addiction
La vie semble sourire à Maud, la protagoniste, trentenaire lorsque s’ouvre le roman : un métier sérieux, un compagnon aimant, des amis, un bel appartement et même un projet d’enfant. Une sérénité installée… Jusqu’à ce soir de novembre où elle prend la fuite après avoir provoqué un accident de la circulation ; quelques secondes plus tôt, elle avait lancé sur son portable une partie de Candy Crush. Après le choc, elle abandonne sa voiture, erre sur la route puis se réfugie dans un bowling. S’ensuivent trois longues journées de cavale, de Saint-Nazaire jusqu’au village de son enfance, durant lesquelles elle ne peut résister à l’appel du jeu, sa vieille addiction… Tout en ne perdant jamais le naturalisme déjà marquant dès son premier roman, l’auteur nous mène, sur un rythme haletant, dans des no man’s land, les bordures d’autoroutes, les bars PMU, les salles de bowling ou d’échecs, autant de miroirs du labyrinthe de terreur dans lequel tourne Maud. Il analyse, avec précision et subtilité, cette dépendance qui prend racine chez son personnage dans les jeunes années. Une plongée dans la psyché autant qu’une description symptomatique, quasi physiologique. Mais, au-delà de cette dimension clinique, le roman atteint, au fil de l'errance de Maud, une dimension existentielle. La trajectoire de la jeune femme la mène dans un monde déréalisé, où le jeu détermine toutes les relations. Pourquoi cette femme décroche-t-elle ? N’a-t-elle jamais dépassé l’enfance et son refuge ? Ou peut-être est-ce le modèle dominant qui l’a rendu folle, le couple, l’emploi, auxquels elle s’est soumise ? Avec ce personnage qui interpelle longtemps son lecteur, Victor Jestin ausculte une nouvelle fois avec brio la vulnérabilité humaine et confirme son talent à conter, avec une grande intelligence, de dramatiques destinées.
Céline L. - La Médiathèque - Le 18 février 2026 à 09:48